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Jardiner écolo

17 millions de français cultivent un jardin ou un potager. Il s’agit là, tout comme le bricolage et la décoration d’un véritable loisir. Agréable et saine c’est une activité de plein air qui permet à ceux qui la pratiquent de profiter pleinement de la nature et de ses bienfaits. Pourtant, les gestes ne sont pas toujours bons, les méthodes de cultures non plus. Les rayons des jardineries pullulent d’insecticides et de pesticides toxiques, de graines et plants « sélectionnés et modifiés », d’engrais divers et variés, chargés d’améliorer les performances de la nature.
Sans tapage, avec naturel et modestie, depuis quelques années, beaucoup de particuliers se sont engagés dans une démarche environnementale positive. Ces jardiniers amateurs, las de consommer des produits fades, insipides, normés et standardisés, se sont tournés vers un mode de culture biologique plus harmonieux. Comme toujours, la recette ancestrale est simple et efficace. Il faut du temps, de la patience, de l’attention, quelques connaissances sommaires, une grande passion et un grand respect pour la biodiversité.
Un jardin naturel et durable
Votre jardin est à lui tout seul un biotope, un véritable petit concentré de vie où évoluent un nombre incalculable de végétaux, d’insectes et d’animaux dont vous ignorez le nom, la présence et l’utilité. Cette « zone de vie » est intégrée à une zone beaucoup plus large, qui elle-même, est intégrée à une autre et ainsi de suite, jusqu’à arriver à l’échelle planétaire. Votre responsabilité est donc grande, car vous détenez une parcelle de notre patrimoine planétaire, une richesse à conserver, protéger et respecter.
Alors, pour commencer, comme toujours, une observation attentive de votre jardin est nécessaire. La zone climatique, la consistance du sol et sa composition, le voisinage, la structure topographique des lieux, l’orientation, la faune et la flore vous renseigneront très vite sur les possibilités qui s’offrent à vous. Les jardineries bios proposent des kits (ou de vraies analyses à partir de prélèvements !!!) qui vous aideront à déterminer l’acidité de votre sol. Les méthodes de petits chimistes écolos que vous trouverez sur les sites ou les livres sont amusantes et efficaces (tests de sédimentation, tests au vinaigre, à l’eau oxygénée).
Si votre jardin est en pente, profitez du ruissellement : placez en bas les végétaux qui nécessitent le plus d’eau, en hauteur les plus sobres. S’il est plat et ouvert à tous vents, installez des haies. Evitez le classique thuya. Plantez différentes variétés locales, jouez avec les saisons et profitez des différentes fleuraisons. En plus de cela, vous offrirez un refuge aux volatiles qui sont de grands consommateurs d’insectes. Sélectionnez des plantes résistantes et adaptées à votre climat, visitez les jardins de vos voisins les plus courtois, demandez leur des boutures (vérifiez qu’elles soient saines), repérez les espèces les plus prospères et renseignez-vous sur leurs échecs ; tout ne pousse pas partout, la nature est reine.
Organiser son jardin
Faites un plan de votre parcelle et délimitez les zones florales, fruitières et potagères. Créez des zones d’ombre en plantant des feuillus, coupez la route au vent en créant des talus ou des murets de pierre. Si vous n’avez pas le temps, des clôtures à lattes ou tressées feront l’affaire. Aménagez des mares artificielles avec, au milieu, un petit reposoir pour les oiseaux. Organisez vos déplacements futurs créant des zones de culture proche de l’aire de compostage et de vos récupérateurs d’eau.
Jardiner Bio
Avant de vous lancer, sachez qu’il vous faudra bannir pesticides, insecticides, engrais chimiques et cesser l’arrosage au robinet. Vous devrez sans doute consacrer plus de temps à votre jardin. Vos cultures demanderont plus de patience mais vous serez récompensés par l’harmonie naturelle et paisible des fleuraisons au rythme de la nature, vous pourrez apprécier les savoureuses et naturelles récoltes qu’il vous offrira. Une plante s’adapte naturellement et spontanément. Si l’environnement où elle est plantée n’est pas propice, elle se laissera mourir. Il est donc inutile de s’acharner et de la protéger, de la maintenir en vie à grands renforts d’engrais ou de pesticides. Si elle se meurt mais reste saine, bouturez ce que vous pouvez et tentez l’expérience à un autre endroit. Les plantes vigoureuses, bien exposées et acclimatées, ne mourront pas sous l’attaque de quelques pucerons ou chenilles. Les coccinelles et les oiseaux du voisinage en viendront à bout… Utilisez les engrais organiques, recyclez vos déchets végétaux. Le compost est le plus naturel et le plus efficace des engrais. Utilisez la technique du paillis naturel. La terre, continuellement protégée reste humide et vous permet de limiter vos apports d’eau. Le paillis se dégrade naturellement, étouffe les mauvaises herbes et offre à la terre des apports nécessaires. Il permet à toute une faune et flore de se développer. Votre jardin sera alors naturellement armé contre la chaleur et le froid.
Ne tondez et ne débroussaillez pas partout, laissez de petites zones naturelles s’autogérer. Ces espaces de vie sont à considérer comme des réserves naturelles. Une friche sauvage et luxuriante vous sera utile : elle permettra de récolter des orties (pour en faire du purin, un excellent engrais et répulsif), de laisser les insectes se reproduire et se gaver des mauvaises herbes que vous y aurez jetées. Elevez dans un petit tas de terre paillé et à humidité constante des vers de terres (ils seront vos meilleurs alliés, vous pourrez les relâcher dans votre potager. Offrez aux hérissons (une espèce protégée qui tapisse malheureusement trop souvent nos routes) un abri sous un tas de feuilles mortes. Laissez le lierre envahir les vieux murs ou tas de pierre : les oiseaux, insectes et petits rongeurs s’y installeront.
La seule méthode écologique pour désherber est le désherbage à la main. Vous arracherez ainsi à la racine les plants et n’intoxiquerez pas la terre et par là même vos récoltes.
Cultiver
Plantations, pousses et cueillettes sont rythmées par les saisons. Procurez-vous un bon almanach et notez sur un calendrier les rendez-vous que vous aurez tout au long de l’année avec votre jardin. La première année, ne plantez pas en masse, c’est inutile. Laissez vos plantes s’habituer et s’acclimater, les graines récoltées et les boutures que vous ferez en seront d’autant plus résistantes. Une fois un cycle de saisons passé, vos expérimentations et essais vous aideront à vous déterminer sur les choix de plantes à conserver, les cultures à abandonner ou celles qui ont encore besoin d’attention.
L’histoire nous a enseignés le principe ancestral de la rotation des cultures. L’assolement (triennal ou non) est un des principes de la culture bio. Pour ne pas épuiser vos sols et limiter la prolifération des maladies, il conviendra de délimiter vos parcelles en au moins 4 zones. Cette pratique permettra de cultiver par cycle des plantes aux exigences différentes. Si vous souhaitez simplifier la chose, considérez qu’entre chaque culture, une bonne aération de la terre et un bon amendement en compost peuvent être des alternatives satisfaisantes à l’assolement.
Si vous êtes un jardinier en herbe, optez pour les plantes rustiques, celles qui ne demandent que peu d’entretien et de soin. Au potager, commencez par cultiver des herbes aromatiques, des tomates, des fraises, des carottes, des poireaux, des choux... Mais osez, osez les plantes anciennes et oubliées, celles que l’on a bannies des jardineries. Ressuscitez ces vieux légumes qui ne poussent plus que dans de rares potagers… En France, la biodiversité s’éteint aussi pour des raisons administratives (qui on certes un sens, mais de tristes effets), le Catalogue officiel des semences inscrit les seules semences autorisées à la vente. Les petites productions indépendantes qui proposaient jadis de fins et curieux végétaux, n’ayant pas toujours les moyens, ont donc laissé petit à petit à l’abandon des plantes qui ont alors disparues de nos jardins puisque non inscrites et donc invendables légalement…
Imaginez que la bonne et vieille patate que nous connaissons, cultivée par l’homme depuis plus de 8.000 ans, n’appartient qu’à une seule espèce botanique, Solanum tuberosum. Le très sérieux Centre International de la Pomme de Terre référence lui plus de 7500 variétés différentes (toutes ne sont pas comestibles ou répertoriées). Pourtant, nous n’en connaissons et consommons couramment qu’une dizaine tout au plus…. Pareil pour les pommes tout court : il en existe plus de 15.000 variétés. Connues de l’Homme depuis la Préhistoire, il existe en France près de 500 variétés. Combien en connaissez-vous ? Combien en retrouvez vous sur les étals ? 4 ou 5, tout au plus ?
La mode fut, il y a quelques années, aux vieux légumes : panais, topinambour, cardons. Ce sont souvent des légumes rustiques, qui demandent peu d’entretien. Essayez, certains sont excellents, d’autres étonnants par leurs formes.
En jardinerie, n’achetez que des plants labellisés. Certes plus onéreux, ils vous garantissent tout de même une qualité sans égal, de belles récoltes et d’année en années, les graines ou boutures peuvent être replantées.
Entretenir et Arroser
L’apport d’eau est bien évidemment nécessaire pour vos cultures. Pourtant, il existe des gestes ou des méthodes simples qui vous permettront de limiter votre consommation. Nous savons bien évidement tous que l’eau de pluie est parfaite pour l’arrosage du jardin.
Cette denrée rare et précieuse doit être utilisée avec parcimonie. Arroser au pied de vos plants, uniquement au coucher du soleil ou même la nuit. Vous limiterez comme cela toute évaporation inutile ainsi que le risque de brûler vos plantes. Pensez aussi au système goutte à goutte, il est efficace et permet à la plante de ne consommer que ce dont elle a besoin, par des apports réguliers et limités. Pour retenir l’eau, Il est encore possible de mêler à la terre des billes d’argile ou de la paille de lin.
Mais avant tout arrosage, pensez à vérifier si vos plantes ont réellement besoin d’eau. Il suffit de gratter un peu la terre. A 5 centimètres de profondeur, si elle est encore humide, il vous sera inutile d’arroser. Si la terre est sèche, procédez en deux temps. Humectez afin de l’ameublir. Une fois humide, elle absorbera beaucoup plus d’eau et évitera toutes les pertes dues au ruissellement.

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